jeudi 2 juillet 2009

Alternative Libérale boboïse

Alternative Libérale continue d'un pas décidé dans sa ligne alterboboïde avec sa participation, samedi dernier, à la gay pride parisienne. On ne peut pas vraiment leur en vouloir, ils ne sont ni les premiers ni les derniers à chercher à récupérer un électorat non négligeable. Certes, le prétexte était louable, au moins pour deux des trois points avancés par Sabine Herold, présidente d'AL :
* dépénalisation internationale de l’homosexualité : regardez le milieu de la vidéo, vous vous rappellerez que dans 80 pays l’homosexualité est encore un délit, parfois passible de mort ou d’opération transexuelle obligatoire !
* union civile pour tous : le mariage ne doit pas être une cérémonie d’Etat; à chacun de choisir devant qui il veut se marier (prêtre, imam, rabin, responsable associatif…) , avec qui (homme ou femme) et d’en informer ensuite l’Etat civil.
* adoption pour les couples homosexuels : seuls doivent compter la stabilité du couple, les capacités éducatives et l’amour que les futurs parents pourront donner à l’enfant : l’orientation sexuelle n’a rien à voir dans l’histoire.
Mais des manifestations du type de la Gay Pride sont-elles vraiment de nature à faire avancer ces idées, alors que, en France, la loi a fait l'essentiel avec la décriminalisation et la reconnaissance d'une union civile? De même aux Etats-Unis, pour reprendre une phrase d'un article local, "there doesn’t seem to be much for [gays] to march for". Aujourd'hui, c'est bien davantage les mentalités que les lois que l'on peut aujourd'hui chercher à faire changer. Aavec son cortège de plumes et de paillettes, la gay pride renforce les préjugés et lieux communs (pas toujours faux) sur les homosexuels, sans apporter grand chose. Défiler sur des chars est loin d'associer dans l'esprit de tous les homosexuels à "des gens comme les autres". Voir la caricature du journal satirique The Onion (merci A.B.).

A l'opposé de cette excentricité, la volonté de banalisation de la population homosexuelle est bien là; une part non négligeable (majoritaire?) de cette population ne se reconnait pas dans les clichés que véhiculent la "marche des fiertés" ou ne ressent plus le besoin d'exprimer son appartenance à une communauté un jour dans l'année. C'est ce qu'analysait par exemple le New York Observer en 2007 dans un article "Goodbye, Mr. Chaps" ou The Economist la même année. Le journal britannique écrivait : "As tolerance spreads, gay life is becoming more suburban, contented and even dull". Les défilés perdent leur raison d'être pour ceux qui rejettent le closeting et surtout fragilisent ceux qui veulent être "comme tout le monde". Certes, les contraintes sociales qui pèsent sur l'homosexualité et l'envie de s'en affranchir expliquent en bonne part l'exubérance de ces gay prides, mais certains auraient tout lieu de s'inspirer de la démarche de ceux qui ont combattu pour les droits civiques en costard cravate (cf. Cord Jefferson sur Slate)

Le processus qui a abouti à la légalisation de l'homosexualité par la cour suprême indienne aujourd'hui montre lui aussi l'utilité d'une telle démarche. Ce n'est pas par des défilés (inexistants jusqu'en 2008) mais par des démarches on ne peut plus officielles et sérieuses que des ONG comme la Naz Foundation (per wikipedia) ont réussi à amener ce changement de la législation.

lundi 22 juin 2009

Pétition pour une relance durable


Les questions de gestion efficace de l'argent public sont essentielles alors que la croissance économique est à la traine depuis trente ans et que les déficits et la dette publique atteignent des niveaux historiques et inquiétants.

De nombreux experts en économie partagent ces inquiétudes et rappellent que ce sont les français qui payeront l'addition de la relance. Pour le montrer, ils ont signé une pétition pour une relance durable (http://www.relancedurable.fr) par la baisse des dépenses publiques et des impôts. Parmi eux, Pascal Salin, Henri Lepage, Jörg-Guido Hülsmann, Jean-Pierre Centi, Mathieu Laine, Bertrand Lemennicier, Pierre Garello, Serge Schweitzer, Jean-Marc Daniel et bien d'autres.

Pour diffuser ces idées et, en particulier, cette pétition, nous avons besoin de vous! Comme toute personne soucieuse de la gestion de l'argent public, vous pouvez signer la pétition. Comme blogueur, vous pouvez publier un article, même rapide, relayant cette information. Le site de la pétition pour une relance durable reprendra tous ces articles avec les liens vers les blogs concernés. Envoyez votre lien à collectif@relancedurable.fr dès qu'il est en ligne!

La meilleure presse du monde

La mort de Maurice Jarre avait illustré la qualité discutable de la presse mondiale quand de nombreux journaux de premier plan avaient repris sans aucune vérification une "citation" inventée du compositeur, insérée dans Wikipédia, sans la moindre référence ou source, par un étudiant irlandais.

Les dernières bévues de grands médias sont tout aussi inquiétantes. La télévision colombienne PAT ou la radio néerlandaise NBR ont diffusé des images du vol AF447 d'Air France avant sa disparition dans l'Atlantique entre Rio de Janeiro et Paris. Ces images de scoop étaient des images ... de Lost, la série télévisée, qui débute justement par un krach aérien. Le pire étant que la source de cette erreur, considérée comme une source valable donc, était une chaine de mails qui faisait tourner ces photos en expliquant que l'appareil photo avait été retrouvé par la marine brésilienne. Une chaine de messages par mail considérée comme une source d'infos fiable par des "journalistes"...



Plus à lire sur Slate; le journal ne dit pas si des wikipédiens s'y sont laissés prendre et ont intégré cela dans l'article qui existe surement sur le site. Mais, il y a fort à parier que le système ouvert wikipédien aurait été plus réactif que le système figé de la presse grand public pour dissiper le canular.

Edit: le même Slate de confirmer dans un autre article la profondeur de l'analyse de la presse : "Le site de la présidence de la République a pensé aux journalistes et aux lecteurs pressés: les passages clés du discours sont surlignés en gras, permettant un survol du texte en quelques minutes." En général, ils n'écoutent/lisent pas en entier?

Edit 2: le titre fait référence à un post de H16

mardi 9 juin 2009

Les résultats d'Alternative Libérale

Échange peu courtois ce soir avec Sabine Herold sur son blog. En cause, un message de fin de campagne à la limite du triomphalisme alors que les listes présentées par Alternative Libérale ne dépassent pas les 0,2% des voix. Même l'optimisme à toute épreuve de Louis-Marie Bachelot ne prend pas vraiment alors que Sabine tente de faire oublier les résultats par un recours au conseil d'État...

Premier message de ma part ce soir sur le blog de la présidente d'AL:
Commentaire par Lexington on 9 juin 2009 22:22

C’est bien beau de vouloir aller au Conseil d’État pour une affaire qui aurait changé au mieux quelques dizaines de voix. Ce serait mieux de tirer les leçons d’un nouvel échec. On ne gagne pas une élection avec des passages médias et il serait temps de faire œuvre de pédagogie, de militer sur le terrain. AL n’a nullement gagné une “stature nationale” par des débats télévisés mais se ridiculise plutôt quand on voit le fossé avec des résultats inférieurs à 0,5%… De même, on ne construit pas un parti en s’aliénant immédiatement sa base idéologique par une chasse aux voix au centre gauche vouée à l’échec actuellement. Si l’objectif est d’assurer la notoriété de Sabine, alors là par contre l’objectif est atteint mais qu’on ne me parle pas de libéralisme dans ce cas.

Réponse toute en charme et en élégance de l'intéressée :
Commentaire par Sabine Herold on 9 juin 2009 22:47

C’est quoi ce commentaire de naze ?

Militer sur le terrain ? On n’y avait pas pensé peut-être ? Sais-tu que nos candidats ont arpenté leurs circonscriptions ? A Paris, plus de 30 tractages ont été organisés, des équipes de collages se sont relayées pour coller un maximum d’affiches. En région les candidats ont fait de nombreuses réunions publiques. Alors avant de lancer ton venin et d’insulter nos candidats, renseigne-toi ! Si tu étais sur le terrain, tu aurais vu qu’AL était très présente dans cette campagne…mais forcément, c’est mieux d’appeler au travail de terrain en restant terré derrière son écran.

Et oui, les médias sont essentiels ! C’est juste tellement évident…Le problème de nos idées c’est avant tout leur manque de notoriété. Après chaque passage médias, nous voyons les stats de nos sites et de recherches google qui s’envolent, nous recevons de nombreux mails de personnes souhaitant se renseigner sur nos idées. Grâce aux passages médias nous faisons connaître nos idées. Alors oui, il faut multiplier les passages médias, c’est une absolue nécessité

Quant à la chasse aux voix de gauche, elle est uniquement dans tes rêves. Ce sont les voix des amis de la liberté que nous gagnons. Et dois-je te rappeler nos thèmes de campagne ? La dette, la lutte contre les monopoles, le protectionnisme et la défenses des libertés individuelles contre un Etat Nounou, je ne vois pas en quoi cela nous aliénerait une supposée base ! Il faut arrêter les délires.

Ta haine dt’aveugle. Tu es incapable de voir la réalité : avec cette belle campagne, AL a fait un travail incroyable pour les idées libérales.

Nos 108 candidats ont été formidables, d’un courage et d’un engagement sans faille. Ils sont plein d’énergie pour continuer. Dans l’Ouest ils pensent déjà aux régionales !

Alors pitié, stop aux critiques irréfléchies et haineuses…

Suivi d'un dernier message de ma part :
Commentaire par Lexington on 10 juin 2009 00:02

“Si tu étais sur le terrain, tu aurais vu qu’AL était très présente dans cette campagne…mais forcément, c’est mieux d’appeler au travail de terrain en restant terré derrière son écran.”

Ah, pas de surprise, l’argument standard. Il y a d’autres engagements que la politique, et probablement plus efficaces. La production d’idées au lieu de la consommation. J’ai le plaisir de contribuer à des sites bien plus fréquentés que celui d’AL, comme Wikibéral, Catallaxia, Librairal ou Contrepoints

Pour être passée par Liberté Chérie, Sabine ne peut pas ignorer le rôle essentiel de ceux qui produisent les idées et de ceux qui les font passer dans le débat public, ces second hand dealers in ideas. Je ne vois pas comment elle peut sérieusement croire qu'un parti peut avoir une influence sur la diffusion d'idées quand l'opinion n'y a pas été préparée au préalable. (D'ailleurs, si un lecteur a accessible la thèse de Sébastien Caré, je suis intéressé...) Les chiffres ne laissent d'ailleurs pas grand espoir à Sabine quand on regarde par exemple Alexa, la référence de la mesure d'audience sur le net. Alternative-Libérale se traine dans les environs du rang 1 million, alors que Wikibéral est environ 165.000 et Liberaux.org 195.000.

En outre, comment espérer grand chose de la création d'un parti ex nihilo? L'action politique qui peut réussir actuellement, pour être élu, passe par l'intégration à un grand parti. AL se maintient dans la marginalité par son indépendance forcenée vis-à-vis du centre droit et ne profite même pas de cette marginalité pour défendre un programme libéral radical. Un comportement incompréhensible, sauf à considérer que l'unique but d'AL est de faire la pub du couple Fillias/Herold. Je m'arrête là sur ce point pour ne pas être désagréable sur les motivations supposées de Mlle Thatcher épouse Fillias.

Précision : j'ai voté malgré tout pour AL, je dois être l'idiot utile du libéralisme à la violette.

jeudi 4 juin 2009

Etalon-or et free banking (2)

Après Pierre-Antoine Delhommais en mai, c'est au tour de Philippe Simonnot d'évoquer des alternatives au système des banques centrales dans Le Monde. A lire ici.

vendredi 22 mai 2009

Free banking

La qualité des articles de Pierre-Antoine Delhommais dans Le Monde n'a d'égale que la nullité crasse des commentaires de lecteurs qui, manifestement, lisent avec des verres déformants et étalent avec volupté leur ignorance.

Dans l'édition du 9 mai, le successeur d'Eric le Boucher à la rédaction économie du journal publie une chronique économique de très bonne facture sur le les banques centrales et le Free Banking, "Le martyre des banques centrales". Delhommais y rappelle la responsabilité lourde des banquiers centraux dans l'inflation de crédits qui a entrainé la crise actuelle. La mise au point est utile en France où grand public comme commentateurs semblent voir l'épiphénomène (l'inflation des prêts accordés par les banquiers) et non la cause (le laxisme monétaire des banques centrales). Delhommais écrit ainsi : "Alan Greenspan, dieu monétaire déchu, qui devra s'expliquer sur sa politique de taux très bas et d'argent quasiment gratuit ayant conduit à cette débauche mortelle de crédits."

Le discours est plaisant à entendre pour un libéral, même s'il fait l'impasse sur les défaillances du marché (système de bonus inadapté ou trop grande lâcheté dans le respect des critères de solvabilité des emprunteurs). D'autant plus que l'auteur mentionne avec une certaine sympathie les théories du Free Banking. Le chroniqueur reste bien léger sur la possibilité d'une mise en place pratique d'un tel système actuellement mais une mise en place est-elle vraiment envisageable? Dans une perspective d'utopie hayékienne, cela reste malgré tout intéressant.

Deux morceaux choisis des réactions pour finir :
Les banquiers veulent s'enrichir et peuvent prendre des risques supportés par les états. Après tout, dans un système libéral, l'enrichissement et la cupidité ne sont pas sanctionnables. Le sachant, les BCE auraient dû surveiller leurs banques, tout commes les administrations surveillent sévèrement les compagnies aériennes, leurs avions et leurs équipages. Nos gouvernements qui n'ont pas voulu déplaire aux banques en les surveillant ont commis la plus lourde erreur.

Moi qui croyait que la finance était l'un des secteurs les plus réglementés, avec plus de 12.000 personnes payés à cela aux États-Unis... Je me reposerai sur cet article (très discutable sur l'éloge systématique de la finance au demeurant) : Lire la crise actuelle comme le symbole des ravages du libéralisme sauvage n'est ni pertinent ni utile. C'est plutôt sur l'échec des régulateurs à créer des infrastructures adaptées à l'innovation financière qu'il faut s'interroger. [..] Par exemple, dans les établissements financiers, il faudrait que la fonction de contrôle des risques ne reporte pas à la direction générale, mais directement au conseil d'administration, et la doter de pouvoirs d'investigation pour faire remonter l'information. C'est de ce genre de mesure technique qu'on peut attendre un progrès tangible de la technologie de gouvernance des organismes financiers.

Autre extrait :
"la crise des subprimes risque bien d'apparaître, le jour du verdict, comme la conséquence du grand fiasco des politiques monétaires." Vous arrivez bien tard Jeune Homme...pour dire cela après avoir défendu longtemps et ardemment ce que maintenant vous portez au bûcher...-)))
S'il y en a un qui a condamné la politique monétaire restrictive de la BCE, ce n'est pas Delhommais mais... Sarkozy.

samedi 9 mai 2009

Wikipédia bashing

Tout est bon à certains pour du Wikipédia bashing. Le dernier exemple de la falsification de la page de Maurice Jarre l'illustre bien.

Revenons tout d'abord sur l'histoire; Shane Fitzgerald, étudiant en sociologie et en économie à University College Dublin, se livre à une petite expérience sur l'utilisation par les journalistes de Wikipédia. Il profite de la mort de Maurice Jarre, le compositeur de musiques de film, pour insérer une fausse citation de l'intéressé sur la page. Il insère les lignes suivantes :
One could say my life itself has been one long soundtrack. Music was my life, music brought me to life, and music is how I will be remembered long after I leave this life. When I die there will be a final waltz playing in my head and that only I can hear.

Aucune source invoquée, aucune référence, rien. Et il attend. Attend de voir qui va reprendre ces lignes complètement inventées. Le résultat sera à la hauteur de ses attentes : de très nombreux journaux de premier plan reprennent sa "citation" sans la moindre vérification : The Guardian, The Independent, The Daily Mail, la BBC et d'autres journaux de premier plan à travers le monde, en Australie et ailleurs. Shane Fitzgerald en tire une conclusion, les journalistes ne vérifient pas leurs sources, les anti-Wikipédia une autre, Wikipédia a un effet néfaste.

Cependant, les faits sont loin d'être aussi simples. Tout d'abord, concernant l'ajout initial de la citation, l'auteur du canular passe rapidement sur les difficultés qu'il a rencontré pour insérer la citation : une étude plus détaillée montre ainsi qu'il ajoute sa citation une première fois le 30 mars à 2:29 du matin. Malgré l'heure, un contributeur rajoute deux minutes plus tard, à 2:31, une demande de références : "This section needs additional citations for verification". A 11:51, la citation est entièrement retirée par un autre participant. Dès lors, à 14:13, l'auteur du canular frappe encore en la réintroduisant. Le lendemain à 15:07, elle est à nouveau retirée, au motif de l'absence de sources. L'auteur du canular, à 17:03, revient à la charge. La citation reste en ligne six minutes. Ce fut la dernière tentative. Autrement dit, la citation a été systématiquement retirée, avant même que l'affaire soit connue dans les médias, restant au maximum 24 heures en ligne. Voilà pour la facilité à insérer une citation, qui pourtant semblait plausible, sans sources, sur Wikipédia. On remarquera en outre que le fâcheux n'en était pas à son premier vandalisme, agrémentant des articles d'ajouts aussi intelligents que "blessington is the coolesat town ever their soccer team is the best(u12)!!!!!!" et autres passages farfelus.

Même si l'on peut regretter que la réaction des participants à Wikipédia n'aie pas été plus rapide, elle a été globalement satisfaisante pour un système reposant sur la publication libre. Dans le même temps, on observera que les ajouts faits librement par des dizaines d'intervenants ont permis une amélioration sensible de la page, l'"effet vautour". Attaquer Wikipédia sur cette histoire, comme le fait évidemment Alithia, est plus la marque d'une haine obsessionnelle que d'une réflexion poussée. En passant, l'auteur du blog concernée nous montre bien qu'elle voit la paille sans regarder la poutre, comme en témoigne cette erreur factuelle dans son billet : "En effet dans ce cas, l'erreur, -qui n'est que factuelle-, relevant de la désinformation -en l'occurrence une fausse citation- et non de l'interprétation plus subtile, l'erreur donc n'a été relevée que parce que l'étudiant auteur du test de fiabilité a lui-même averti les journaux qui avaient fait confiance à wikipedia, de ce que la citation était fausse ". Pourtant, l'historique de l'article est visible par tous et, si elle avait fait un effort minimal, elle aurait réalisé qu'elle racontait n'importe quoi.

Si la critique de Wikipédia, dans cette histoire s'entend, n'est pas adaptée, qu'en est-il de celle des journalistes? La faute parait plus grave dans ce cas, à plus d'un titre. D'une part, aller chercher ses informations sur le premier site sorti de Google et les reprendre sans la moindre vérification est à l'opposé des principes élémentaires de la profession. On peut également s'étonner, avec un certain cynisme, de l'absence d'un éloge funèbre préécrit, qui aurait évité de devoir faire à chaud ces éloges brouillons... Le pire est probablement dans la façon dont l'événement est ensuite rapporté : l'Irish Times ne vérifie même pas ce que l'auteur de cette manipulation écrit et ne mentionne même pas le combat qu'il a du mener pour introduire sa citation sur Wikipédia. Le Point n'est même pas capable d'écrire correctement The Independent (a à la place du e...). En outre, on regretterait presque l'absence de journaux non anglophones dans la liste de ceux qui se sont laissé piéger, si on estime qu'elle montre qu'aller chercher des informations dans une langue étrangère n'est fait par personne...

Les journalistes contemporains ont cependant quelques excuses : d'une part, si l'affaire a pris une telle ampleur, c'est en partie en raison de la circulation plus rapide des informations grâce aux NTIC. Il y a fort à parier que la majorité des journalistes ne faisaient pas mieux il y a quelques dizaines d'années ou quelques siècles. Mais, seuls un ou deux auraient eu accès au même document et auraient pu être affectés... En outre, on imagine mal que le journaliste chargé dans un journal des éloges funèbres soit vraiment l'un des meilleurs.

Le constat n'en reste pas moins inquiétant sur la qualité de la presse et explique en bonne partie la présentation caricaturale faite du libéralisme en France (du libéralisme comme de tant d'autres choses). Le journaliste "de base" suit la vague, Wikipédia en étant un bon proxy d'ailleurs. Peu importe les faits qu'une recherche sérieuse permettrait de dégager...

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